L’Immortalité

Sentant sa fin approcher l’acteur W. C. Fields, un agnostique notoire, était en train de feuilleter la Bible quand il reçut la visite de son vieil ami écrivain Gene Fowler qui lui demanda incrédule
— Que fais-tu Bill ?
Après une longue pause, Fields lui murmura
— Je cherche des échappatoires…

La Vie Éternelle

Pensez-y maintenant

Un samedi en 1973, dans la banlieue de Lisbonne. Je suis captivé par la lecture d’un livre de science-fiction de René Barjavel récemment publié et intitulé “Le Grand Secret”. L’histoire commence par un couple follement amoureux qui nage dans le bonheur jusqu’au jour il va disparaître mystérieusement et elle va essayer de le retrouver. Il est question d’espions, de diplomates, du Général de Gaulle, de Richard Nixon et de la Reine d’Angleterre. Un grand secret international semble être au cœur de l’intrigue… un savant a découvert un virus contagieux qui rend immortel. Ceux qui ont été contaminés sont isolés en quarantaine sur une île déserte. Leurs enfants vont se révolter et l’île sera détruite. L’histoire se termine avec quelques rescapés sur un frêle esquif. Libre à chaque lecteur de spéculer sur ce qui pourrait arriver ensuite. J’adore les livres où la réalité et la fiction s’entremêlent et je pense que cette histoire ferait un excellent film. Je découpe les scènes du livre en préparation du scénario et contacte un ami producteur à Paris pour rencontrer Barjavel. La rencontre a lieu avec Barjavel et André Cayatte, son cinéaste attitré. J’achète les droits d’auteur du film avec un acompte de 10%. Jacqueline Bisset est pressentie pour le rôle principal. Seulement voilà, le producteur n’arrive pas à financer le film. Mon rêve et mon acompte vont s’envoler en fumée. Ce n’est qu’en 1988 que le livre sera adapté en une série télé réalisée par Cayatte avec un autre producteur. Plus tard, n’ayant pas appris la leçon, un nouveau rêve dans le monde du cinéma se révélera beaucoup plus coûteux.

Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens est des rouleaux de papyrus recouverts de formules funéraires placés à proximité de la momie. Le Livre des Morts a pour véritable titre Le livre pour sortir au jour. Le jour en question est celui des vivants, mais aussi celui du principe lumineux s’opposant à l’anéantissement et à la mort. Dans cette perspective, le défunt égyptien cherchait à voyager dans la barque du Dieu Soleil durant sa version nocturne où il est en cours de régénération. Contrairement aux Textes des Pyramides, réservés aux seuls souverains de l’Ancien Empire, le Livre des Morts est au Nouvel Empire destiné à une population plus large. Un nombre important de papyrus ont été découverts dans des tombes de prêtres, de scribes et de militaires. L’image dans l’en-tête de ce post représente le papyrus de la formule 110 une des 192 contenues dans le Livre des Morts et qui se déroule dans un endroit paradisiaque. Le défunt est en train de révérer des divinités et de participer à des travaux agricoles dans la campagne égyptienne. Des bandes de champs fertiles sont entourées par des canaux d’irrigation. Les déplacements de ville en ville se font au moyen de barques. D’autres embarcations sont amarrées à un débarcadère pour accueillir les divinités gardiennes du lieu. Le texte de cette formule indique que le défunt désire pour son âme, du pain, de la bière, du vin et des gâteaux. Il désire y faire ses activités habituelles (boire, manger, dormir, faire l’amour) et y connaître une existence éternelle sans inquiétudes ni reproches. Séduisant programme, non ?

Il y a un certain temps, j’avais décidé de ne pas prendre de l’âge. Ça n’a pas marché. Alors j’ai changé de plan. Maintenant à chaque anniversaire, je décide de vivre un an de plus et ça jusqu’à présent ça marche. Alors dans le cas où ça cesserait de marcher, je cherche un plan B pour devenir immortel. Le cercueil est une solution qui n’est pas très bio et qui semble être passée de mode. Des cercueils en carton commencent à se développer. La crémation gagne de plus en plus d’adeptes. On commence à parler du sommeil cryogénique, de la résomation par l’azote liquide ou de l’aquamation par une solution alcaline. Aucune de ces formes d’inhumation ne garantit l’éternité. À toutes ces options industrielles, je préfère la nature. Personnellement cela me conviendrait bien d’être mis en terre en position de fœtus dans un sac biodégradable dans une forêt. C’est techniquement faisable, mais Il y a des problèmes légaux et une opposition farouche de l’industrie funéraire classique. La solution la plus viable aujourd’hui consiste en une urne funéraire biodégradable qui contient les cendres du défunt entouré de terreau où l’on plante la graine d’un arbre. La jeune pousse sera ensuite transplantée dans un jardin ou ailleurs. Mon choix est fait. Je souhaite devenir un chêne ou un séquoia.

Dans la lumière et l’harmonie,

Serge

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