Ulysse à Djerba

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. –Joaquim Du Bellay, poète (1522 – 1560)

Ulysse à Djerba

La douceur de vivre

Victorieux de la Guerre de Troie, et après une courte escale à Ismarus, Ulysse et sa flotte de 12 bateaux se dirigent vers son retour à Ithaque. En passant le Cap Malée, ils sont assaillis par de violentes tempêtes qui leur font perdre tous repères. Après 10 jours d’un voyage particulièrement tourmenté ils finiront par accoster à l’île de Djerba. Ne sachant rien ni de l’endroit ni de ses habitants, Ulysse enverra trois de ses compagnons en reconnaissance. Une peuplade douce, accueillante et pacifique les accueille et les invite à goûter de la liqueur de lotos, un fruit doux comme le miel. Ce qui provoquera une propriété d’oubli chez les trois compagnons qui ne voulaient plus revenir, ni donner de leurs nouvelles. Ulysse devra les ramener de force à bord malgré leur résistance et leurs larmes. Ulysse marquera la Tunisie de son passage. Encore aujourd’hui, il est resté une figure emblématique nationale. Quelque part l’Odyssée d’Ulysse a toujours interpelé le côté nomade de mon parcours.

Le lotos serait le doux jujube, fruit du jujubier sauvage aux propriétés enivrantes, mais qui n’est pas connue pour la propriété de provoquer l’oubli.  Il y a toutefois une certaine explication logique au comportement des compagnons d’Ulysse. Cela fait plus de 10 ans qu’ils sont partis d’Ithaque, vivant quotidiennement les périls de la guerre de Troie. À cette période  traumatisante vient juste de s’ajouter un début de voyage de retour tumultueux. Ithaque leur paraît encore tellement loin et si incertain. Tout à coup, ils rencontrent un peuple simple, paisible et accueillant qui leur font goûter une douceur de vivre qui fera fondre leurs défenses. La déconnexion d’avec le réel sera alors assimilée à de l’oubli. L’ivresse les dispensera d’avoir des pensées culpabilisantes pour ceux et celles qu’ils ont quittés depuis 10 ans.

Djerba peut être considérée comme le symbole de la première étape d’un voyage initiatique. En perdant la mémoire de soi et des autres, une personne perdra aussi l’image de sa fausse identité et produira une première dissolution du côté négatif de son ego. L’inévitable récupération de la mémoire enrichira la prise de conscience, qui est le côté positif de l’ego, et qui contribuera à une croissance personnelle plus humble et plus sincère. Les Lotophages vivent de leurs ressources agricoles et n’ont ni princes, ni priorités politiques, ni biens matériels. Il n’y a pas de civilisation organisée et hostile. N’ayant rien à échanger ni commerce à offrir, ils ne feront pas l’objet de pillages. Le détachement des biens matériels et la vie proche de la nature induisent le bien-être et la liberté, elle-même un préalable au bonheur. Une richesse intérieure en résultera, qui ne pourra plus jamais être confisquée.

Dans la lumière et l’harmonie,

Serge

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