Le Médiateur

Chaque fois que deux personnes se rencontrent, il y a vraiment six personnes présentes. Il y a chaque homme tel qu’il se voit, chaque homme comme l’autre le voit et chaque homme tel qu’il est. –William James (1842-1910), le père de la psychologie américaine

Un accord ne sera durable

que s’il est consenti par les parties

Durant ma formation en psychologie des profondeurs j’ai pratiqué différents stages, tels que des consultations en psychothérapie individuelle et en groupe, du bénévolat hospitalier et de la médiation de cas de divorce. Durant une année entière j’ai travaillé comme médiateur de la Cour Supérieure du Tribunal de Santa Barbara en Californie concernant des cas de droits de garde et de visite d’enfants de couples en instance de divorce. Aux États-Unis, le juge renvoie les parents chez un médiateur pour faciliter leurs décisions concernant le sort de leurs enfants. Si les parents trouvent un accord, le médiateur le transcrira et le document sera signé par les parents. Le juge inclura ensuite automatiquement l’accord dans le jugement de divorce. Au total, j’ai traité une cinquantaine de cas dont les deux tiers connurent une résolution.

Deux réussites sur trois peuvent paraître élevées, mais il y avait un argument déterminant. Si les parents ne trouvaient pas d’accord en direct, le juge allait décider pour eux sur base des plaidoiries d’avocats. Le jugement serait forcément plus éloigné de la réalité pratique de celle que les parents pouvaient convenir directement entre eux. Le rôle du médiateur consiste à faciliter la communication des deux personnes en désaccord. Le médiateur se doit de conserver une stricte neutralité et en aucune façon de juger ou d’arbitrer le différend. La procédure de médiation se passait selon le processus suivant. (1) Les avocats des parties sont entendus en premier, (2) ensuite ce seront les enfants de plus de six ans, (3) suivront les parents un à la fois, et enfin (4) si possible les parents seront réunis ensemble afin de rechercher un consensus acceptable pour tous. Dans le cas de refus de la réunion conjointe, le médiateur fera la navette entre les deux locaux séparés.

Lorsqu’une partie est totalement inflexible, le cas retournera chez le juge comme non résolu. Je pense au cas d’un grand-père, d’un père et de son fils. Après l’abandon du fils par son père, c’est le grand-père qui va élever son petit-fils à la satisfaction de tous y compris des conseillers psychologiques et de l’école. La mère vit dans la maison de son beau-père et se range contre le père. Le jour de la médiation, le père souhaite obtenir la garde de son fils. À noter que le père n’a aucun logement pour accueillir son fils. Il refusera de se trouver dans la même chambre que son père et refusera systématiquement toutes propositions venant de sa part. Le cas sera renvoyé au tribunal où à mon avis le père n’avait aucune chance de prévaloir. À l’opposé de ce cas impossible, je pense à ce père qui n’avait plus vu sa fille depuis huit ans et qui tomba dans les bras de son épouse. Une telle situation me donna le sentiment d’avoir agi comme le messager des dieux.

Dans la lumière et l’harmonie.

Serge

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