Leverrier et le Ciel

Vous ne possédez rien, en dehors de quelques centimètres cubes de votre crâne. —George Orwell

Un Certain M. Urbain Leverrier

Une histoire extraordinaire

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de M. Urbain Leverrier, un mathématicien astronome français du XIXe siècle. Pourtant, ses travaux sont de la même importance que ceux qui ont permis d’envoyer un homme sur la Lune ou une voiture sur Mars. Voici son histoire extraordinaire. Tout a commencé le 13 mars 1781 lorsque l’astronome anglais William Herschel mit au point un puissant télescope qui lui permit de découvrir un nouveau corps céleste qui bougeait dans le ciel. Cette découverte fut confirmée comme étant une planète inconnue du Système solaire. On aurait pu l’appeler Hershel, mais elle devint connue sous le nom d’Uranus. Jusque-là, parce que seules visibles à l’œil nu, les planètes Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne avaient été identifiées. Avec le Soleil et la Lune, ces 5 planètes formaient le septénaire des seuls astres connus depuis le début de l’humanité. Le mot astre est pris ici dans son sens étymologique voulant dire qui bouge dans le ciel.

Sur le plan historique, on notera que située 5 ans après la Révolution américaine de 1776 et 8 ans avant la Révolution française de 1789, l’année 1781 est en pleine période révolutionnaire. Sur le plan astronomique la découverte d’une planète inconnue était une révolution capitale, comme l’était d’ailleurs le télescope qui l’avait permis. Sur le plan symbolique, ce n’est donc pas par hasard que le symbole attaché à la planète Uranus fut celui de la révolution et du changement. Sur le plan mythologique, ce n’est pas par hasard non plus que le mythe grec qui lui fut associé fut celui de Prométhée qui vola le feu divin de la connaissance pour le donner aux humains. Sur le plan astrologique, ce n’est finalement pas par hasard qu’Uranus devint le maître du signe zodiacal du Verseau, lui-même relié au mythe de Prométhée. La future Ère du Verseau venait de naître.

Faisons maintenant un bond en avant. C’est le 11 mars 1811, soit 30 ans après la découverte d’Uranus, que vint au monde Urbain Leverrier dans une famille bourgeoise modeste en France. Dès l’âge de 16 ans, il montre un intérêt très sérieux pour les mathématiques. Son père qui croit en son avenir dans les sciences vend sa maison pour qu’il puisse poursuivre des études. À l’âge de 20 ans, il est admis à l’École Polytechnique dont il sortira comme ingénieur. Il se spécialisera ensuite dans l’étude des mathématiques appliquées à la mécanique céleste. En 1839 à l’âge de 28 ans, Urbain Leverrier présente à l’Académie des Sciences un mémoire sur les variations séculaires des orbites des planètes, dont celles d’Uranus découverte à peine 58 ans plus tôt. C’est 7 ans plus tard en 1846, qu’il fera une découverte extraordinaire basée sur les variations orbitales d’Uranus. Par le seul support de ses calculs, Urbain Leverrier demandera à l’astronome allemand Johann Galle de l’observatoire de Berlin de diriger son télescope le 23 septembre 1846 dans une direction et à une heure donnée, en lui indiquant qu’il allait découvrir une nouvelle planète. Tel fut bien le cas. On aurait pu appeler cette planète du nom de Leverrier, mais elle devint connue sous le nom de Neptune. Urbain Leverrier restera connu comme l’homme qui découvrit la planète Neptune avec son stylo, sans aucun autre instrument que ses calculs.

Dans la lumière et l’harmonie,

Serge