Santa Luzia – Achat

Le bonheur est comme les palais des îles enchantées dont les dragons gardent les portes. Il faut combattre pour le conquérir… –Alexandre Dumas

Santa Luzia

La seule île privée du Cap Vert

D’une part, rares sont les promoteurs immobiliers qui peuvent être fiers d’avoir ajouté le nom d’une ville nouvelle sur une carte Google. Tel fut le cas de “Miratejo” et ses 4000 logements sur la rive sud du Tage à Lisbonne. Soit dit en passant que c’est dans le cadre de ce projet que j’ai introduit les hypothèques privées au Portugal. Pour la première fois un acheteur allait pouvoir acquérir son logement et le payer en 20 ans. D’autre part, rares aussi sont ceux dont une propriété se soit trouvée dans un atlas avant de figurer dans le cadastre. Telle fut le cas de l’île de “Santa Luzia” dans l’archipel du Cap Vert. Il y a une cinquantaine d’années, même le gouverneur du Cap Vert ne savait pas que cette île était une propriété privée. Tout a commencé le jour où un ingénieur qui travaillait pour “Miratejo” vint m’annoncer que lui et sept membres de sa famille étaient les cohéritiers de l’île de Santa Luzia et cherchaient à la vendre pour sortir d’indivision.

L’histoire remonte en 1918 lorsqu’une épidémie de grippe venue d’Espagne allait tuer 60,000 Portugais. Pour la protection de sa famille, l’arrière-grand-père de l’ingénieur acquit l’île, y construisit une petite maison pour y accueillir les siens. La leçon de l’arrière-grand-père est qu’en temps d’épidémie ou de guerre, il faut aller vivre là où on sauve sa peau et celles de ses proches. Après l’épidémie l’île fut abandonnée. Le prix de vente proposé par l’ingénieur était acceptable et avec deux investisseurs, nous décidâmes d’aller de l’avant dans l’acquisition de l’île. Des documents anciens attestaient que l’île était privée. Le contrat d’achat fut rédigé par notre avocat, le prix fut payé au vendeur et la vente fut consommée. C’est alors qu’un bémol survint lors du paiement de la taxe de transmission. Le Département des Finances du Cap Vert n’était pas au courant que l’île de Santa Luzia était une propriété privée et refusait d’accepter le payement de la taxe de transmission. C’est alors que notre avocat et moi allions rencontrer le gouverneur de l’archipel pour lui soumettre les documents historiques. Nous le rencontrerons dans son palais sur l’île de Boa Vista.

Le gouverneur devait nous donner une réponse le lendemain matin. Nous louons un avion privé pour aller à l’île de São Vicente chercher l’argent de la taxe, puis aller à l’île de São Nicolau payer la taxe et finalement revenir à l’aéroport de l’île de Sal pour retourner à Lisbonne. L’avion privé n’était pas équipé pour voler de nuit et nous devions arriver à l’île de Sal au plus tard à 18h30. La réponse favorable du gouverneur n’arrive qu’à 13h30 et ce sera une course contre la montre. On part immédiatement vers la banque de São Vicente qui n’a pas d’argent et qui nous donne une traite bancaire à encaisser chez un commerçant de l’île de São Nicolau. Nous arrivons à l’aérodrome en terre battue de São Nicolau où il n’y a personne. Un type sur un vélomoteur permet à l’avocat d’arriver juste à temps avec l’argent avant la fermeture du bureau des Finances. La taxe est payée et nous arrivons tout juste à 18h30 pour prendre l’avion de Lisbonne. Nous voilà propriétaires de l’île de Santa Luzia. Des complications sérieuses allaient seulement commencer. À suivre.

Dans la lumière et l’harmonie,

Serge

Miratejo, Ville Nouvelle

C’est une bonne idée de construire une ville nouvelle, comme ça toutes les autres villes viendront chez toi pour se faire construire… –Alex, mon ami d’enfance

Miratejo, Ville Panorama

Un obstacle majeur inattendu bloque le projet

Après mon expérience immobilière à Bruxelles, mon service militaire et mes activités d’ingénieur-conseil, devenir un promoteur immobilier m’attire. J’ai 28 ans. En Belgique et en France les chasses sont bien gardées et personne ne m’attend. Durant cette période, l’Espagne bat son plein en immobilier et je spécule sur l’idée que le Portugal sera l’opportunité suivante. Avec quelques économies pour payer le billet d’avion et l’hôtel à Lisbonne, je m’embarque pour un voyage d’études. Le lendemain de mon arrivée, je contacte des sociétés immobilières portugaises mentionnées dans les Pages Jaunes et prends des rendez-vous. L’après-midi je fais la connaissance de Jimmy, nous sympathisons, allons diner le soir et devenons amis. Cinquante ans plus tard nous le sommes toujours.

Durant cette période, le pont sur le Tage était en construction et il ne fallait pas être un génie en immobilier pour anticiper que l’autre rive allait connaître un nouvel essor. Mes recherches conduisirent vers un terrain agricole de 32 hectares à 2.5 km de la sortie du pont et qui appartenait à un certain colonel G de nationalité anglaise. Les choses allaient progresser rapidement et après avoir motivé des investisseurs, la décision sera prise d’acheter le terrain et d’aller de l’avant avec l’obtention des permis. Le colonel G était marié selon la loi anglaise qui disait que sans accord prénuptial, il pouvait vendre le bien seul. Un extrait de la loi anglaise confirmée par l’ambassade d’Angleterre à Lisbonne fut attachée au contrat d’achat de la propriété. En 15 mois, j’obtiens un permis pour la construction d’une ville nouvelle de 4000 logements. C’est alors que Madame G en instance de divorce, accompagnée de son avocat, se présente à mon bureau.

Elle affirme qu’elle était mariée en mission militaire en Afrique du Sud, que la loi de ce pays disait le contraire de la loi anglaise et qu’elle revendiquait la moitié du produit de la vente. Les experts juridiques en droit international se sont révélés incapables de définir la loi en vigueur dans de telles circonstances. Pour compliquer les choses, c’est le président Salazar en personne qui veillait aux intérêts de Madame G. Sur les conseils de son avocat, le colonel G refusa de satisfaire la demande de Madame G et le projet était bloqué. Mes associés étaient désespérés. Heureusement que j’avais bien négocié l’achat du terrain avec 3 modes de paiements: (1) un quart au passage de l’acte, (2) en quart en 5 versements annuels et (3) la moitié en association. La partie non encore réglée allait pouvoir servir de levier dans les négociations qui durèrent plusieurs longs mois. Finalement, le colonel G accepta de donner la moitié à Madame G –qui soit dit en passant ne m’a jamais remercié– et le projet allait pouvoir continuer son développement. La leçon à retenir de cet épisode adverse, est qu’il faut s’accrocher sans relâche jusqu’à un dénouement favorable.

Dans la lumière et l’harmonie.

Serge