L’Île de la Cité

Les matériaux de l’urbanisme sont le soleil, les arbres, le ciel, l’acier, le ciment, dans cet ordre hiérarchique et indissolublement. –Le Corbusier














Notre Dame 2024

Et la Rénovation de l’île de la Cité

Le 7 décembre 2015, le Président de la République François Hollande a confié à Mr Perrault, architecte et urbaniste, et Mr Bélaval, Président du Centre des Monuments Nationaux, une mission d’étude et d’orientation sur ce que pourrait être la place de l’Île de la Cité à l’horizon des 25 prochaines années. Le rapport de la mission fut remis à Mr Hollande et Mme Hidalgo, maire de Paris, le 16 décembre 2016 comme prévu. Le rapport de 56 pages, auquel s’ajoutent 9 planches graphiques, se conclut par une liste de 35 recommandations. Une exposition publique du projet dans l’édifice de la Conciergerie eut lieu du 15 février au 2 mai 2017. Une semaine après, le 7 mai 2017, Mr Macron entre à l’Élysée et hérite du project de l’Île de la Cité. Presque deux ans plus tard, les choses sont compliquées. Le président doit faire face aux émeutes hebdomadaires des Gilets Jaunes commencées le 17 novembre 2018, à l’opposition d’une majorité de la population ainsi qu’aux implications du récent incendie de Notre Dame de Paris.

Le rapport des deux architectes insiste sur la candidature de Paris pour accueillir les Jeux olympiques de 2024 et celle de la France pour devenir hôte de l’Exposition Universelle de 2025. Il recommande d’envisager de profiter des dynamiques de l’entretemps pour enclencher les travaux relatifs au nouveau schéma de mobilité de l’île ainsi qu’au renforcement des attraits paysagers et touristiques. L’accroissement prévisible du nombre de touristes présents à Paris dans le cadre de ces deux manifestations engage l’Île de la Cité à renforcer d’ici à ces échéances l’offre de logements et de services de l’île. Le rapport indique aussi (1) que l’on doit entre autre parvenir à réintroduire des activités ayant quitté l’Île de la Cité, grâce à de nouveaux espaces dégagés, (2) que l’on va offrir des logements de toutes natures, activités tertiaires, notamment en cherchant à y faire s’implanter des start-ups et bien sûr des commerces et services, et (3) que l’esquisse du projet démontre la possibilité de créer environ 100000 m² nouveaux sur l’île – soit une valeur foncière nouvelle dépassant le milliard d’euros – sans transformation radicale de son paysage.

En tant que promoteur immobilier je peux dire que chaque grand projet se trouve confronté à des défis quotidiens sans fin, depuis le concept jusqu’à l’occupation et la gérance des nouveaux bâtiments. De façon générale trois obstacles majeurs sont à surmonter. Ils consistent dans l’obtention (1) du soutien politique pour les permis de bâtir, (2) du soutien économique pour le financement du projet et (3) du soutien social pour le marketing des immeubles. Ceci est encore plus vrai pour un projet d’envergure comme celui de la rénovation urbaine de l’Île de la Cité. La reconstruction due à l’incendie de Notre Dame sur l’île de la Cité pourrait bien servir de catalyseur à la rénovation urbaine du projet global de l’Île. Les circonstances vont permettre d’obtenir à la fois le soutien des politiciens, celui des fonds du mécénat et celui de la population par solidarité. L’idéal pour faciliter la promotion du projet. Les utilisateurs d’espace se positionnent déjà pour ce qui sera la chasse gardée de l’un des plus prestigieux centres du commerce de luxe mondial. Arnault (Louis Vuitton), Pinault (Gucci) et les autres sont-ils des mécènes ou des affairistes? À suivre.

Dans la lumière et l’harmonie.

Serge

Drame et Miracle

Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. –Victor Hugo, Notre-Dame de Paris (1831). Prémonitions d’écrivain?





Immense tristesse

L’âme blessée de Notre-Dame

Gravure sur cuivre (impression) par Matthäus Merian l’Ancien (1650) – Notre Dame de Paris

Cette semaine pascale fut marquée par l’incendie partiel de Notre Dame de Paris. Sous l’emprise des flammes, la charpente en bois de chêne d’origine entraina les deux-tiers de la toiture en plomb dans sa destruction. La sévérité du feu causera également la chute de la célèbre flèche de la cathédrale. Heureusement, il n’y a pas eu à déplorer de morts et la structure en pierre a résisté aux flammes. La quasi-totalité des oeuvres d’art ont également pu être sauvées. À la destruction soudaine de l’un des grands symboles du christianisme et de la France s’associe la perte du sentiment d’invulnérabilité. Après l’acceptation de l’irréversibilité du drame, la vie va reprendre ses droits. Toutefois psychologiquement une certaine confiance en soi aura été ébranlée. Les choses ne seront plus jamais les mêmes, il y aura un avant et un après l’incendie de Notre Dame.

Dans les heures qui suivirent le début de l’incendie, le procureur de Paris confia une enquête préliminaire à la police judiciaire. Les enquêteurs entendirent une quinzaine de témoins, dont des ouvriers d’un chantier en cours. Moins de vingt-quatre heures après, le procureur déclara écarter la possibilité d’un acte criminel et qualifier la situation de «destruction involontaire par incendie». Quatre jours plus tard, les enquêteurs affirmèrent que la cause probable serait un court-circuit, voire une erreur dans le logiciel, ce qui est contredit par l’ancien architecte en chef de la cathédrale. Tous les experts savent que cela prend des mois et parfois des années pour déterminer la cause d’un incendie. Alors en quelques heures ou quelques jours pour un édifice comme la cathédrale de Notre Dame de Paris, il est bien évidemment trop tôt pour conclure quoi que ce soit. Qu’il s’agisse d’un acte volontaire ou non, le mal est fait. La blessure de l’âme de la cathédrale est irréparable.

Bien sûr on pourra réparer la partie endommagée de l’édifice, mais pas la perte du sacré des bâtisseurs originaux, ni celle de la foi des fidèles investie au fil des siècles, ni l’âme collective de l’oeuvre d’art. En moins de vingt-quatre heures, l’argent de la reconstruction était mobilisé par les richissimes de France et du monde. À ces fonds sans âme, j’aurais plutôt préféré un investissement plus spirituel réuni par la population française et le Vatican. La nouvelle construction ne pourra jamais remplacer l’âme perdue et ne sera finalement qu’une copie vidée de son sacré. Décréter aujourd’hui sans base factuelle que la cause de l’incendie est involontaire ne peut être qu’une décision politique. Beaucoup de questions restent sans réponse pour le moment, tout spécialement si la cause se révélait être volontaire. De plus si le terrorisme devait en être à l’origine, la situation pourrait dégénérer en guerre civile de religion. Dans une telle éventualité, il est préférable d’attendre un peu pour connaitre la vérité et éviter d’attiser les haines à chaud. Que ce weekend de Pâques soit porteur de sagesse, d’amour et de paix pour tous.

Dans la lumière et l’harmonie.

Serge